Jean-Philippe Collard “Revenir ici, c’est me ressourcer”
Jean-Philippe Collard investira la basilique Saint Remi à Reims le 31 octobre, en compagnie d’un orchestre de jeunes Allemands. Petit dialogue avec l’enfant de Mareuil-sur-Aÿ, devenu un pianiste de renom.

credit photo Raudel Romero
Revenir ici, c’est à chaque fois une manière de me ressourcer, respirer l’air du pays, retrouver l’odeur de ma terre natale.
Quels souvenirs d’enfance gardez-vous de Mareuil-sur-Aÿ, d’Epernay, de Reims ?
Les souvenirs de Mareuil sont très vifs dans mon esprit. C’est le village où j’ai passé mon enfance. Les responsabilités d’élu local de mon père donnaient une ouverture à nos conversations, à nos rencontres. Je connais chaque petite ruelle. L’église, le château, les vignes, notre maison, l’activité commerciale de mon père, les promenades, les jeux, l’école : tout cela compose mon bagage d’enfance, ma source. Avec Epernay, la relation était moins affective, plus centrée sur l’utilitaire : les courses, les sorties. Et puis Reims, cette drôle de capitale. Il se trouve que mon cheminement musical m’a conduit directement à Paris sans m’arrêter au conservatoire de Reims. Ceci explique peut-être que je n’ai pas été intégré à la vie musicale rémoise.
En matière de programmation, êtes-vous fidèle ou butineur ? Faites-vous de la place à la musique contemporaine ?
La question de la programmation est complexe. Les dates sont arrêtées un an ou un an et demi à l’avance, les artistes sont généralement engagés pour jouer une oeuvre en particulier. Aux Etats-Unis, on m’a souvent demandé par exemple d’interpréter Ravel ou Saint-Saens au prétexte que je suis français. Le risque est de finir par tourner en rond. A quelques occasions, nous avons la liberté d’intégrer la découverte d’une oeuvre. Il faut avoir le courage d’en user. Quant à la musique contemporaine, il m’est arrivé de jouer des compositeurs comme Hesketh, Hersant ou Petitgirard qui proposent des sons nouveaux dans une ligne qui reste néanmoins harmonique.
Vous serez le 31 octobre 2009 à la basilique Saint-Remi. Quel est le sens de ce concert ?

photo: refletsactuels.fr
Il fait partie d’une tournée organisée par l’association Chemins de Musique que j’ai fondée il y a une dizaine d’années à la suite d’une discussion avec Jacques Riou qui dirigeait l’Orcca. L’idée était de sortir du système avions-salles prestigieuses-grands hôtels pour jouer une ou deux semaines par an dans les villages, aller à la rencontre des gens dans des villages charmants, des petites églises à tomber de bonheur. Pas d’entracte dans ces soirées, les musiciens communiquent directement avec l’auditoire et le retrouvent en fin de concert pour un échange. Cette formule, qui allie patrimoine, économie de la tournée et conquête d’un public qui ne pousserait jamais les portes d’un théâtre de sous-préfecture, fait du bien à tous, y compris aux artistes.
Reims en l’occurrence n’est pas vraiment un village…
Exceptionnellement, en effet, la tournée 2009 déforme le principe de base d’éviter les grandes villes, pour une raison simple : il est difficile de loger un orchestre symphonique dans une petite salle de village. Ma participation est également en dehors des habitudes de l’association mais je m’autorise cette entorse dans la mesure où je ne suis pas seul avec mon piano mais accompagné par 80 musiciens. Une interview réalisée par Catherine Landron.
Qui sont ces musiciens ?
Des jeunes de 11 à 18 ans, élèves de l’école de musique d’Ettlingen, que j’ai entendus à Epernay à l’occasion d’une fête de jumelage. J’ai été ébahi par la qualité de leur jeu, leur fraîcheur, leur enthousiasme. Voilà pourquoi nous avons voulu les inviter, en programmant la tournée pendant leurs vacances scolaires. Nous jouerons ensemble des oeuvres populaires de Grieg et de Bizet, qui sont bien dans l’esprit de Chemins de Musique.
L’association de Bétheny, Prestige pour l’amour de la musique, dont vous êtes le parrain, est également associée à ce concert. Pourquoi avoir choisi de la soutenir ?
Les sollicitations ne manquent pas et je suis obligé de limiter ce type de démarche mais j’ai été séduit par le discours de son initiateur, Gilles Michel, qui, avec son équipe, travaille avec passion et sérieux. Le but de l’association, qui est de proposer une pratique musicale à des enfants qui en sont très éloignés, soit par la maladie, soit par le manque de ressources, me touche aussi beaucoup en tant que père de famille. Je ne pouvais qu’adhérer. J’ai joué à son invitation en 2005 dans l’église de Bétheny et en 2006 au CHU de Reims. C’était formidable. Je m’en souviens comme si c’était hier.
Concert de Jean-Philippe Collard avec l’orchestre symphonique de l’école de musique d’Ettlingen (Allemagne) le samedi 31 octobre 2009 à 17 h à la basilique Saint-Remi – Renseignements : 06 27 34 92 37 ou www.bethenymusique.com



















