L’alcool et ses mystères

Bien que son élaboration soit aujourd’hui parfaitement maîtrisée, l’alcool reste toujours un mystère. L’alcool symbolise, en effet, la synthèse de l’eau et du feu. Il procède ainsi de deux éléments contraires qui s’annihilent réciproquement : l’eau éteint le feu et le feu fait évaporer l’eau ! L’homme a de tous temps été à la fois attiré et effrayé par cette contradiction. C’est peut-être ce qui explique l’invention de l’alcool.

cognac-creditphotoapc_crTout au long de son histoire, il a été l’œuvre d’alchimistes, d’apothicaires ou de marchands de potions. Ici, intervient une autre ambiguïté de l’alcool, et pour le moins troublante. Au début de son histoire il n’a pas été produit, pour être bu mais pour soigner. Le mot « alcool » est sans conteste d’origine arabe mais ce mot fût longtemps utilisé dans un sens extrêmement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. « Al » signifie « le » et « cohal » se traduit pas « chose subtile » mot par lequel on désignait la poudre très fine dont les beautés des harems se maquillaient les yeux. Un soin de beauté avant l’heure !

Alcool et médecine

Curieusement, en pharmacie ancienne, le mot «  alcool » était utilisé également pour désigner l’élaboration de potion réduite à l’état de poudre très fine. Au début du XIIIème siècle, est créé la grande Université de Montpellier et Arnaud de Villeneuve (1235-1313) compte parmi les illustres médecins de cette université. Il fut le premier à traiter de « l’eau de vie » par écrit, dont il disait qu’elle était «  l’eau permanente ou eau d’or qui prolonge la vie, c’est pourquoi elle mérite d’être appelée eau de vie ». Arnaud de Villeneuve en préconisait l’usage externe, ayant vraisemblablement constaté son pouvoir désinfectant. N’oublions pas un autre médecin, allemand celui-ci, du nom de Théophraste Bombast von Hohenheim ( 1493-1541) plus connu sous le nom de Parclèse. Fantastique personnage, père de la thérapie chimique, il utilisa le mot « alcool » dans ses sens et conceptions actuelles. Il avait découvert le pouvoir anesthésiant de ce breuvage. Enfin, faut-il rappeler que c’est un chimiste et médecin, encore un, Jean Chaptal (1756-1832) qui mettra au point sur le plan technique l’alambic. On lui doit aussi une méthode qui garde son nom la « chaptalisation », un procédé, très encadré par la législation, qui consiste à ajouter du sucre au moût pour augmenter le degré d’alcool final du vin.

Alcool et monastères

L’alcool est le résultat de la distillation. Aux origines, ce sont des moines égyptiens qui, dès le Vème siècle, furent les grands diffuseurs de la distillation vers l’Europe du nord. Leurs connaissances dans ce domaine étaient déjà très avancées et c’est en Irlande qu’ils s’installèrent. Pendant les trois siècles qui suivirent, les abbayes irlandaises furent parmi les plus riches, les plus savantes et les plus dynamiques du monde et permirent à l’alcool de conquérir l’ Europe. L’Ecosse, la Hollande, l’Allemagne, la Pologne occidentale et les pays scandinaves adoptèrent ainsi le catholicisme et … bientôt le genièvre, le scotch, le schnaps, l’aquavit….

Alcool et marchands

La fabrication et la diffusion de l’alcool à grande échelle sont dues à des commerçants «  les Hollandais » dès le XVème siècle. Ces derniers contrôlaient l’ensemble du commerce maritime des côtes françaises et furent de gros acheteurs de vins des Charentes, de Gascogne, du Languedoc, qu’ils revendaient soit tels quels quand ils étaient de bonne qualité ou fortifiés à l’alcool quand ils ne supportaient pas les voyages.

Autre matière première de choix, les cargaisons de céréales ou de fruits qui arrivaient parfois avariées et dont la seule utilisation possible était la distillation. Il faut savoir qu’à l’origine de tout alcool se trouve un produit issu de la fermentation. Ce n’était donc que faire une bonne œuvre de la part des distillateurs que de récupérer ces marchandises impropres à la consommation.

C’est à Schiedam, à côté de Rotterdam, que commença à se constituer ce qui allait devenir le plus grand centre de distillation au monde. En 1663, on y comptait près de 400 distilleries. Autre avantage apporté par la proximité d’un grand port de commerce : toutes les épices nécessaires pour parfumer les alcools étaient à portée de main. Les alcools produits à Schiedam étaient d’une grande diversité : eau-de-vie de vins, de fruits, alcools de grain, liqueurs …Une grande partie de ces alcools était exportée vers l’Europe du nord et les Amériques. Le siècle qui suivra verra apparaître nos cognacs et nos armagnacs .

Les temps modernes nous ont fait oublier qu’à l’origine, c’étaient de véritables élixirs destinés à ramener à la vie malades et blessés mais assez vite, les eaux de vie ont quitté les rayons des apothicaires pour venir grossir ceux des magasins de spiritueux car même les biens portants se sont aperçus qu’elles avaient des effets tout à fait agréables……..si ils étaient consommés avec modération.

Note réalisée avec le concours de Daniel Gonzalès, caviste Nicolas, rue de l’ étape à Reims.
L’abus d’ alcool est dangereux pour la santé.  Sachez consommer avec modération.

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