Michel Guillot, l’Etat catalyseur de projets
Michel Guillot, Préfet de la Région Champagne-Ardenne
Il avoue être issu de la diversité française, avec des ancêtres en Lorraine, dans la Creuse et les Corbières, des laboureurs et des fonctionnaires dans l’arbre généalogique … Il confesse un père parvenu à la haute administration et va chercher chez Freud un contrepoison : « Après l’Essec, j’ai choisi l’usine, ce lieu basique de l’économie, brassage de la diversité humaine, de ses aptitudes et de ses fonctions dans tous les process de la fabrication ».
Michel Guillot est-il un sociologue mâtiné d’humanisme ? Il ne cite pas Jean-Paul Sartre, mais on y pense obligatoirement : « L’homme fait et en faisant se fait ». L’homme avant tout. Le connaître et le comprendre pour appréhender son projet : « Je regrette dans notre société un manque de souplesse capable de passer d’un monde à un autre, de l’administration à la manufacture, par exemple. Je suis biculturel et j’apprécie cette nouvelle porosité entre ces deux mondes ».
De par sa fonction, le Préfet de Champagne-Ardenne dispose d’une culture administrative, mais sans jamais oublier sa connaissance du monde de l’entreprise, acquise auparavant. Un préfet travaille avec des élus, des entrepreneurs, des syndicalistes, autant de responsables engagés dans leur mission et leur métier.
Après cinq années d’usine, Michel Guillot entre dans l’administration. Les gènes paternels certainement. Son père avait commencé dans l’Education Nationale avant de passer dans la haute administration hospitalière. Avec le recul, il affirme que les moteurs de l’entreprise et de l’administration sont les mêmes, à commencer par l’humain qui les actionnent et sans grandes fractures entre les biens économiques et le bien public. Ces deux mondes, affirme-t-il, sont surtout complémentaires.
Le rôle d’un préfet ?
La nécessaire curiosité de la terre inconnue qu’il découvre, au fil de ses nominations (Ariège, Sarthe, Languedoc-Roussillon, Bretagne, Vosges, Indre-et-Loire, Haut-Rhin, Seine-et-Marne) et la compréhension des acteurs du territoire. L’intérêt porté à la gouvernance doit précéder l’essence des projets en cours. Qui est qui et qui fait quoi ? Faire le pari de l’homme avant celui de la machine. Voici sa conception première de la fonction de préfet.
Est-il un humaniste militant ? « Je crois que c’est le sens d’une vie que l’on souhaite bien remplie. La diversité humaine est fascinante. Connaître avant de juger et d’agir. Je crois qu’il faut faire preuve, dans cette découverte, d’un maximum d’empathie ».
Une fois connus les hommes et les dossiers, dans leurs convergences ou leurs différences, le préfet est un catalyseur de communion autour de projets. Les fonctions régaliennes d’autorité de l’Etat passant par la concertation et l’explication des choix et les fonctions, tout aussi essentielles, de coordination. Le préfet, c’est l’Etat garant du fonctionnement républicain des territoires.
Décentralisation ou reconcentration ?
« Historiquement, en France, c’est l’Etat qui a fait la Nation. Viennent ensuite des périodes d’oscillations entre plus ou moins d’Etat. L’Etat est régulateur de ces tendances et conservera toujours ses fonctions régaliennes : les lois et règlements, la sécurité, le droit, la justice, la défense. L’Etat est aussi médiateur entre les collectivités locales et il est responsable de la péréquation entre ces territoires ». L’Etat et au-dessus des clivages politiques, il y va de sa loyauté que le préfet représente, qu’il s’agisse de ses rapports envers les citoyens, les collectivités locales et le secteur associatif.
Mais la fonction que le Préfet Guillot donne l’impression de chérir est celle de catalyseur. Succinctement, il l’aborde sur deux dossiers : la BA 112 et Vatry. « Au départ, aucune gouvernance dans la vision d’avenir imposée par le départ de la Base Aérienne 112. J’ai d’abord travaillé à cette gouvernance, avec tous les élus et les décideurs concernés. Nous avons maintenant un syndicat mixte en ordre de marche et des porteurs de projets. Nous avons fait vite sur la gouvernance, même s’il faudra dix à quinze ans avant de voir les projets aboutir. A ce stade, le catalyseur que j’ai été n’est plus qu’un expert consultant ».
Vatry, un sujet qui fâche ? « Mon rôle est de faciliter les conditions d’un avenir solide pour cette structure et pourquoi pas d’alimenter un dialogue constructif entre l’échelon local et l’échelon national. Un jour Aéroport de Paris et Vatry entreront dans un dialogue constructif. Mon rôle est de dire à l’Etat que Vatry existe et doit mieux exister ».
L’homme derrière le Préfet
Quatre enfants et une ambiance familiale sereine nécessaire pour contrebalancer un emploi du temps professionnel des plus chargés, pour le reste, le Préfet Michel Guillot avoue s’intéresser aux civilisations du Monde, à la musique et surtout à Bach, un musicien qui part du concret pour arriver à l’idéal … Un penchant ? Les rencontres fortuites, des grands et des petits, pourvu qu’elles soient pleines d’intérêt, de sagesse et d’humour. La montagne, aussi, pour un certain dépassement de soi et en général des moments qui peuvent distraire une vie trop courte.
Faire un maximum de choses, sans vanité. Et au détour d’une réflexion arrive Thomas More. L’humaniste Michel Guillot devient idéaliste. Utopia, le nulle part de rêve, là où le meilleur des mondes trouve le meilleur des gouvernements. Un bilan dans la carrière, à ce stade, champardennais ? « Nous sommes des êtres de passage. J’espère donner un maximum de valeur ajoutée à mes capacités. Mon obsession a toujours été l’urgence parce que derrière chaque dossier il existe des gens qui attendent des décisions ».



















