Canaux: joindre l’agréable à l’utile…
Si les voies d’eau navigables sont avant tout destinées au transport de marchandises, elles accueillent de plus en plus tourisme vert et activités ludiques, sous l’œil bienveillant et attentif de Voies Navigables de France.
Le promeneur solitaire (ou non), le sportif du week-end, le défenseur de la cause halieutique, le marin d’eau douce (au sens premier de l’expression !) et bien d’autres encore, voient sans doute dans les canaux traversant le département de merveilleux terrains de jeu. En quoi ils n’ont pas tout à fait tort. Sans avoir complètement raison, cependant… Car Michel Gommeaux, responsable de l’arrondissement Champagne du Service Navigation de la Seine, au sein de Voies Navigables de France (VNF), est formel : « Le commercial a la priorité ». Et le commercial, bien sûr, c’est le transport de marchandises. C’est ainsi qu’il ne faut pas perdre de vue que la mission première des quelque 170 collaborateurs de l’arrondissement Champagne consiste à entretenir et moderniser un réseau d’environ 350 km de voies navigables, réparti sur l’Aisne, les Ardennes, et principalement la Marne. Entretenir et moderniser le réseau, sans oublier de promouvoir un mode de circulation auquel le Grenelle de l’environnement a redonné un petit goût de modernité, si ce n’est des espoirs d’avenir.
Vocation environnementale
En effet, quoi de plus écologique, de plus respectueux pour l’environnement, que le transport fluvial qui, à service équivalent, consomme 3 à 4 fois moins de pétrole et émet également 3 à 4 fois moins de CO2 que son homologue routier ? Sans parler sa sécurité et d’un coût très avantageux ! Oui, mais la lenteur, peut-être ? « Il faut désormais s’exonérer du principe du ‘flux tendu’, explique Michel Gommeaux, pour s’approprier celui du ‘juste à temps’ ». En clair : faire un effort de réflexion pour programmer les choses. Les « chargeurs » commencent à s’y intéresser très sérieusement.
Si l’engrais et les produits métallurgiques sont les principales marchandises « entrantes » en région, les céréales et les granulats constituent les produits « sortants », avec de belles perspectives de développement et de trafic, pour peu que le « gabarit Freycinet » du réseau soit agrandi de 40 centimètres, autorisant alors des chargements de 350 tonnes au lieu des 250 actuelles.
Au bonheur de tous…
Il n’en demeure pas moins, évidemment, qu’en accompagnant l’émergence de loisirs nautiques et aquatiques, autant que terrestres d’ailleurs, les voies d’eau contribuent aussi au développement économique et au bien-vivre des territoires qu’elles traversent. Si le tourisme fluvial rend chaque année un peu plus d’envergure – quelque 800 bateaux par an empruntent le réseau de l’arrondissement Champagne – les collectivités locales découvrent tout le potentiel que représente l’aménagement des berges et chemins de halage. A condition de ne pas oublier que ces abords, faisant partie du domaine public – donc propriété de l’Etat – sont par nature inaliénables, imprescriptibles et insaisissables, bref, que l’on ne peut pas y faire n’importe quoi, encore moins empiéter sur la vocation commerciale première des voies d’eau.
Mais, VNF en général et l’arrondissement Champagne en particulier se montrent toujours prêts à concéder ce domaine public, à charge pour les collectivités locales de l’aménager. Ce qui donne lieu, par exemple, au passage de chemins de grande randonnée et de pistes cyclables sur les chemins de halage, à la réhabilitation d’anciennes maisons d’éclusier en halte nautique, à la création de haltes pique-nique et autres infrastructures dédiées aux loisirs (à l’image des « coulées vertes » de Reims ou de Châlons), voire à des manifestations estivales à l’image de celle organisée l’an dernier à Reims le long du canal, à hauteur du boulevard Henrot, baptisée « Au bonheur des rives » et proposant des activités ludiques, sportives et familiales.
Et si, en jouant opportunément sur le double registre économique et touristique, les voies d’eau navigables (re)devenaient une idée neuve ?


















