Opéra : Les jeunes talents de Reims

Pendant deux saisons pleines, Les Caprices de Marianne seront représentés 40 fois dans 15 opéras de France, en commençant par celui de Reims où se déroulent les répétitions depuis un mois et où aura lieu les 17 et 18 octobre la double première de cette coproduction d’1h30 qui met en lumière de jeunes et beaux talents.

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Il avait signé la mise en scène du Don Giovanni présenté l’an passé à l’Opéra de Reims. Il revient en ouverture de la saison 2014-2015 avec une œuvre plus neuve à l’oreille, Les Caprices de Marianne d’Henri Sauguet. Il semble qu’Oriol Tomas, né il y a 37 ans au Québec, prenne goût à la France, et réciproquement. A son grand étonnement, c’est lui qui, face une cinquantaine de candidats, a remporté l’appel à projets lancé il y a 2 ans par le Centre Français de Promotion Lyrique (CFPL) pour la réalisation de ce spectacle que coproduisent avec lui 15 scènes nationales. La proposition qu’il a montée en équipe avec Patricia Ruel pour les décors, Etienne Boucher pour la lumière et Laurence Mongeau pour les costumes situe l’intrigue dans les années 1950. « La pièce a été créée au XIXe et recréé par Sauguet en 1954 alors qu’Alfred de Musset l’avait située au XVIe siècle. Comme eux, je me suis autorisé à jouer avec le temps, en recherchant un compromis entre les intentions de l’auteur et l’époque actuelle. » Le style d’Oriol Tomas ressort sur scène : « j’aime la précision dans le mouvement, le travail sur la gestuelle qui vise à amplifier les thèmes musicaux. »

« J’aime jouer les vrais salauds »

Jeunes sans en être à leurs premières vocalises, 18 chanteurs lyriques de plusieurs nationalités ont été sélectionnés au terme de 230 auditions pour tenir les neuf rôles du spectacle mis en place dans une double distribution. Aurélie Fargues, 31 ans, est l’une des deux Marianne opérant dans le registre soprano coloratur. « J’ai assuré beaucoup de premiers rôles dans des festivals mais c’est la première fois que je mets le pied dans les théâtres nationaux et que j’ai à chanter une partition aussi longue. Tout l’art est d’arriver à se lâcher tout en étant réglo avec la musique qui est d’une précision mathématique. » A 37 ans, Thomas Dear a déjà bien bourlingué sur les scènes lyriques mais se réjouit d’incarner avec sa voix de basse le vieux mari jaloux de Marianne. « Autant je m’ennuie dans les rôles d’amoureux naïfs, autant je m’amuse à jouer les vrais salauds. Encore que j’ai du mal à voir Claudio comme un méchant. Il représente la loi et sa classe sociale et subit une telle pression qu’il finit par craquer. Le costume que je porte illustre bien cette posture. »

Un gros challenge

Autre grand « gagnant » de cette création : l’Opéra de Reims. A l’instar des opéras d’Avignon, Bordeaux, Limoges Marseille, Massy, Metz, Nice, Rennes, Rouen, Saint-Etienne, Tours, Vichy, le Capitole de Toulouse et l’Avant-scène Opéra Suisse, il contribue aux coûts de production mais c’est à lui que revient le privilège d’accueillir la première dans les deux distributions. « Ce qui se construit ici va servir pour les deux ans de la tournée. C’est une aventure et un gros challenge, admet Caroline Mora, qui balaie d’un sourire enthousiaste les effets de la tension. Nous avions vécu quelque chose de comparable en 2008 pour Le Voyage à Reims de Rossini qui avait été créé chez nous avant de se promener en France. » Au public rémois de découvrir dans un très beau décor noir et blanc aux lignes fuyantes, surmonté d’une verrière de Naples, la musique de Sauguet qui, selon Aurélie Fargues, « fait ressortir la beauté poétique du texte d’origine. Voir cet opéra c’est aussi entendre Musset. »

 

Photos © Catherine Landron

 

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