Joël Vaillant : « Il y aura toujours, hélas, des tueurs en série »

Fourniret, Heaulme, Chanal, Alègre, Van Geloven, Louis, etc. : pour avoir successivement dirigé la section de recherche de Reims et coordonné la lutte contre la criminalité au plan national, le colonel de gendarmerie Joël Vaillant s’est trouvé au cœur des grandes affaires criminelles de notre pays. Aujourd’hui à la retraite, il continue le combat autrement.

Avec l’association Victimes en Série (VIES), vous avez organisé en juin dernier à l’Assemblée Nationale un colloque sur l’affaire Fourniret. Dans quel but ?

En tirer des enseignements, identifier ce que le système a fait de bon et de moins bon, dégager des pistes d’amélioration pour détecter plus tôt la sérialité criminelle et éviter ainsi la multiplication des victimes, suggérer de nécessaires évolutions tout en sachant qu’il y aura toujours, hélas, des tueurs en série.

Comment aborde-t-on une enquête criminelle ?

Premièrement, en se demandant si on est en présence d’un fait isolé ou d’une série et en recherchant dans les fichiers des corrélations avec des faits antérieurs. Deuxièmement, en n’ayant pas d’idées préconçues, en ne privilégiant ni excluant aucune hypothèse et en les vérifiant toutes.

Quelles innovations facilitent-elles cette démarche ?

Au-delà des techniques de constatations comme le crime light qui mettent en évidence ce qu’on ne voit pas à l’œil nu, des outils communs police-gendarmerie ont fait progresser les enquêtes : le fichier automatisé des empreintes digitales, le fichier automatisé des empreintes génétiques (ADN) et le logiciel SALVAC qui facilite les rapprochements entre les crimes de violence. Le système gagnera encore en performance quand l’alimentation des bases et l’échange de données en Europe prévu par le traité de Prüm en 2005 seront plus réguliers.

Quels effets ont-elles sur les résultats ?

Le taux d’élucidation en France évolue globalement à la hausse. Entre 2004 et 2009, sur 5192 crimes de sang, 4397 ont été élucidés par la police et la gendarmerie, soit près de 85%. Il en reste cependant 795 qui n’ont pas été tirés au clair, c’est-à-dire autant de criminels laissés dans la nature, dont peut-être des récidivistes ou des tueurs en série. Cela donne à réfléchir.

Qui sont les experts associés aux enquêtes ?

Les techniciens d’identification criminelle chargés de prélever les indices sur le terrain, les laboratoires et tous les experts accrédités qui peuvent être désignés en raison de compétences reconnues. Ils interviennent dans une grande diversité de domaines : balistique, toxicologie, chimie, numérique, entomologie… Pour une empreinte de pas, on peut être par exemple amené à consulter la meilleure base de donnée de chaussures, qui se trouve… en Grande-Bretagne. Ce travail permet d’éliminer ou de conforter des hypothèses.

Que pensez-vous des séries TV consacrées aux activités de police judiciaire?

Les situations qu’elles présentent sont inspirées de faits réels, les techniques utilisées sont assez conformes à la réalité, l’analyse critique des indices est plutôt bonne et, globalement, la démarche intellectuelle est proche de celle d’un enquêteur. J’ajoute que les séries, en vulgarisant le travail de la police technique, influencent les vocations. Mais il y a aussi des points négatifs : les personnages apparaissent comme des experts omniscients, ils agissent très vite, les protocoles sur la scène du crime ne sont pas toujours respectés, leur principe semble être : un minimum de protection pour un maximum de pollution ! Le pire à mes yeux est l’influence que peuvent avoir ces séries sur les victimes, les témoins, les jurés. Elles entretiennent le mythe du technicien infaillible et créent des attentes irréalistes. Quant aux criminels, nous savons pertinemment qu’ils utilisent ce qui est vulgarisé à la télé pour effacer leurs traces ou entrainer les enquêteurs sur de fausses pistes.

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