Reims: Henri Deneux, l’homme qui a ressuscité la Cathédrale.

Dans l’hommage qu’elle rend à « sa » cathédrale, à l’occasion de son 800ème anniversaire, la Cité des Sacres va réparer demain, jeudi, un oubli historique, celui de la reconnaissance qu’elle doit à Henri Deneux.

C’est à l’association des Amis de la Cathédrale que revient cette idée de donner au jardin du chevet de la Cathédrale le nom de l’architecte Henri Deneux, idée que les élus locaux ont acceptée immédiatement.

Un hommage aussi tardif que mérité à cet homme qui a consacré sa vie à la restauration du bâtiment et dont les obsèques furent célébrés en 1969 à Reims dans l’indifférence presque générale. Et pourtant, si l’on peut venir aujourd’hui venir à Reims du monde entier admirer ce chef d’œuvre de l’art gothique, c’est bien à Henri Deneux qu’on le doit.
Né le 16 octobre 1874 à Reims, Il entre à dix-sept ans dans l’atelier des architectes Thierot et Margotin, responsables de l’agence des travaux sur les bâtiments religieux. En 1894, après un an passé à l’École régionale des Arts industriels, il y est nommé professeur adjoint, charge qu’il occupera en même temps que son emploi chez Thierot et Margotin jusqu’en 1898. Il y fait la connaissance de Denis Darcy, l’architecte en chef qui a la haute main sur la cathédrale. Sous sa direction et ses conseils, il commencera à effectuer, de magnifiques relevés de la cathédrale et à étudier les travaux réalisés par les architectes chargés de la cathédrale au XIXe siècle : Eugène Viollet-le-Duc, Millet…

Succédant à l’architecte Max Sainsaulieu, Henri Deneux est nommé en 1915 architecte en chef de la cathédrale de Reims. Il dirige les travaux de reconstruction après les dégâts considérables des bombardements pendant les quatre années du 1er conflit mondial du XXème siècle. Il renonce alors à ses autres dossiers pour se consacrer à ce lourd travail, et, surtout il refuse l’idée que la cathédrale en ruine reste comme un témoin de l’hécatombe et de la barbarie. En 1918 il obtient de s’occuper exclusivement des monuments rémois. À partir du 4 mars 1919, aidé de son ami Albert Nigron, entrepreneur attitré du monument, avec l’aide des prisonniers allemands, il en entreprend le déblaiement. Avec sa femme Yvonne, il occupe deux petites pièces dont l’une lui sert d’atelier dans les ruines du Palais du Tau à quelques mètres de son chantier : « J’habite en face de chez moi », disait-il.

Grâce aux dons du milliardaire américain John Davison Rockefeller, entre 1924 et 1926, l’architecte reconstitue la charpente en éléments de ciment armé assemblés et démontables. Il avait fait breveter ce système innovant qu’il a d’abord appliqué à la charpente de l’église Saint-Jacques de Reims en 1920-1921. Deneux avait protégé ce qu’il restait de la couverture par 5000 m² en tôle ondulée pour empêcher que les infiltrations entraînent une dégradation supplémentaire de la cathédrale. Le choix du ciment armé s’était imposé à Deneux au sortir de la guerre à cause du coût du bois et de sa volonté de limiter les risques d’incendie de la charpente .

Entre 1919 et 1930, des fouilles archéologiques sous le dallage du XVIIIe siècle mettent à jour des vestiges des fondations des édifices antérieurs, au milieu de constructions romaines qui invitent à conclure à la présence jadis de thermes. Henri Deneux put ainsi établir un plan de la dernière cathédrale attribuée à saint Nicaise et de la cathédrale d’Ebbon. La fouille a amené la découverte de des caveaux et tombeaux des archevêques inhumés dans le chœur de la cathédrale carolingienne.

À Reims, en parallèle à la restauration de la cathédrale, Henri Deneux veilla à la reconstruction de la basilique Saint-Remi et de l’église Saint-Jacques. L’ensemble de ses travaux lui valurent d’être promu chevalier de la Légion d’honneur, puis officier en 1927. Pendant 10 ans encore, les travaux se poursuivront à l’intérieur et sur les façades et c’est seulement le 10 juillet 1938, qu’au cours de cérémonies grandioses, le cardinal Suhard et Albert Lebrun, président de la République, inaugureront le grand monument ressuscité.

Sa mission terminée, Henri Deneux, à 65 ans, se retire avec la plus grande discrétion. Il retrouve à Paris son appartement où il vivra pendant trente ans dans la solitude. Sa femme, Yvonne, est morte en 1955. Il meurt le 15 avril 1969, Il sera inhumé à côté de sa femme au cimetière du sud à Reims après une cérémonie à la cathédrale en présence de quarante personnes.

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Source wikipédia
A lire :
Isabelle Balsamo , Rebâtir Reims. La collection photographique Henri Deneux, Châlons-sur-Marne, Direction régionale des affaires culturelles, 1988, 45 p.
Bernard Fouqueray, « Henri Deneux. Le sixième architecte », V.R.I., mai 1988, p.35-36.
Yann Harlaut, La cathédrale de Reims de 1914 à 1938 : de l’instrumentalisation du patrimoine aux débats idéologiques et au pragmatisme en matière de restauration monumentale, Thèse d’histoire sous la présidence de Patrick Demouy et sous la direction de Marie-Claude Genet-Delacroix, soutenue à Reims le 2 mars 2006, Université de Reims, 2006, 776 p.
Delphine Quéreux-Sbaï , « Henri Deneux, restaurateur et photographe de la cathédrale », in Mythes et réalités de la cathédrale de Reims : de 1825 à 1975, Paris, Somogy Editions d’Art, 2001, p.80-85.

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