« 14 + 18 » : premiers pas vers l’opéra

©Catherine Landron

L’Opéra de Reims, jumelé avec une classe de 5ème du collège Colbert, a été associé par l’Opéra de Paris à la coproduction d’un spectacle lyrique. Une première qui vaut reconnaissance du travail accompli auprès du jeune public. Le rideau se lève ce mardi soir

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Soyons lucides : l’opéra n’a rien à voir avec les musiques que les jeunes écoutent. Quelle est la probabilité d’intéresser à l’art lyrique des collégiens issus d’établissements d’éducation prioritaire et, a fortiori, de les faire chanter, se mouvoir sur scène selon les codes classiques ? Nulle. C’est pourtant l’exact projet qu’une équipe de professionnels a mené toute l’année sous couvert du programme Dix mois d’école et d’opéra de l’Opéra de Paris, donnant ainsi raison à Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. » Simon, Safare, Coralie, Mahamadou et 22 autres élèves de 5ème du collège Colbert se sont retrouvés embarqués dans l’incroyable aventure en compagnie de trois autres classes des académies de Créteil, Nancy et Versailles. Aventure qui aura pour dénouement les trois représentations programmées en juin sur les scènes des Opéras de Paris Bastille, Reims et Nancy.

Une spontanéité à exploiter

Pour l’écriture du livret et de la partition, une première idée s’est imposée : bâtir l’histoire autour de la Première Guerre mondiale en puisant dans le répertoire littéraire et musical de l’époque, d’Apollinaire à Barbusse, de Ravel à Satie. La deuxième idée a été d’utiliser un procédé narratif permettant d’introduire le regard que les jeunes d’aujourd’hui porte sur la génération 1914. Le dramaturge Simon Hatab se fait plus précis : « On n’a pas écrit un livret mais un spectacle. Le texte évolue en permanence, est recréé par les jeunes au fil des répétitions en fonction de ce qu’ils ont choisi de transmettre. Ils ont une spontanéité intéressante à exploiter. » Cela a donné « 14 + 18 », une œuvre mise en musique, dont les paroles sont chantées… et dansées. « Nous avons des profils d’élèves différents. Certains sont à l’aise dans leur corps. D’autres très réservés. On compose avec toutes ces énergies qui donnent sur scène quelque chose de très fécond » observe Caroline Mora, responsable jeune public à l’Opéra de Reims.

Premières fois

Initier des adolescents à ces disciplines exigeantes n’est pas une mince affaire. Mais il y a plus dur encore : synchroniser le travail des quatre classes, géographiquement distantes, pour qu’elles soient au diapason le jour J et puissent fusionner sur scène. Une organisation à deux étages s’est mise en place : pendant dix mois, les collégiens rémois ont répété la mise en scène, le chant et la chorégraphie à raison de 3h par semaine sous la houlette de Pascal Adam, Frédéric Amman, Céline Coessens et Claire Marin ; toutes les cinq semaines, l’équipe chapeau du projet, issue de l’Opéra de Paris (Marie-Eve Signeyrolle, Simon Hatab, Lucie Larnicol, Julie Compans), est venue sur place pour ajuster l’ensemble. Les professeurs du collège Colbert ont accompagné leurs élèves tout le long : « Nous avons noté chez eux des changements bénéfiques, tant au niveau du travail scolaire et de l’autonomie que de l’implication personnelle dans le projet et le respect mutuel. » Pour Raja, « le plus difficile a été de chanter en allemand. » Ce qu’elle a préféré : « La scène des lettres de Poilus, quand on se met dans la peau d’un personnage qui a existé. » Si la vie n’est faite que de premières fois, ces enfants du quartier Orgeval en ont cumulées plusieurs cette année, découvrant le monde lyrique, la rigueur du spectacle vivant… et Paris.

Spectacle : le 24 juin à 14h30 et 20h à l’Opéra de Reims, le 27 juin à l’Opéra de Nancy.

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