Il y a 100 ans, l’incendie de la Cathédrale de Reims

Le 19 septembre 1914 , vingt-cinq obus touchent la cathédrale.

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© Société des Amis de la Cathédrale de Reims

Parti vers 15 heures des échafaudages en bois posés sur la tour nord, l’incendie s’étend rapidement aux bottes de paille entreposées dans la nef alors transformée en hôpital. Les vitraux de la grande rose centrale explosent et la charpente de bois s’ effondre. Le plomb de la toiture fond et se déverse par les gargouilles, détruisant le palais du Tau. La cathédrale a reçu 288 obus pendant la guerre.

Ce week-end plusieurs manifestations seront organisées pour commémorer cet incendie. Des membres de la Société des Amis de la Cathédrale organiseront samedi toute la journée une visite commentée de l’exposition photographique sur ”Le martyre de la cathédrale et de la Ville de Reims pendant la Grande Guerre”
Dimanche, dans le cadre de la Journée Européenne du Patrimoine, Mgr Thierry Jordan, Archevêque de Reims, présidera une messe solennelle pour la mémoire, la réconciliation et la paix, en présence de plusieurs évêques dont Mgr Luc Ravel, évêque aux Armées qui prononcera l’homélie.
Un concert réunissant le chœur Ars Vocalis et le chœur allemand Carmina Mundi clôturera ces deux journées de souvenir à la cathédrale dimanche soir à 20h30.

Pour en savoir sur cette journée terrible du 19 septembre 2014 et ses conséquences, on pourra lire le livre de Daniel Pellus « Reims 1900-2000 – Un siècle d’événements » . En voici un extrait qui dit la tragédie vécue par  la Cité des Sacres en quelques heures:

  Le 19 septembre 1914, des hauteurs de Brimont, Berru, Nogent-l’Abbesse, Cernay où ils ont pris solidement position, les Allemands commencent à bombarder Reims. Un bombardement systématique, implacable, qui va durer huit heures. Huit heures de cauchemar pour les Rémois qui se réfugient dans les caves ou fuient précipitamment la ville pour échapper à l’enfer.

    Dès le matin, les obus pleuvent sur le centre de la ville. L’ancien archevêché est incendié. Le quartier des Cordeliers, de la rue de l’Université, de la place Royale à la place Godinot, est en flammes. Le vieux quartier des laines s’écroule sous un incendie que l’on ne pourra éteindre avant quatre jours. Le feu gagne bientôt la rue Courmeaux, la place des Marchés, la rue de Vesle.

    A midi, un témoin qui a noté le déroulement de cette journée remarque que, si le feu fait rage dans le centre, «la cathédrale par contre n’a pas été touchée». Pas encore. L’incendie de la cathédrale, ce sera pour la fin. L’apothéose de cette journée que l’histoire consignera comme l’une des plus tragiques que Reims ait connue.

    A 15 heures, un obus traverse l’échafaudage qui a été dressé en 1913 le long de la tour nord. L’obus explose dans cet amalgame de poutres et y met le feu. On appelle les pompiers. Mais que peuvent-ils faire alors qu’une partie de la ville et même leur caserne sont en feu?… Bientôt les flammes s’engouffrent dans la nef, attaquent les portes, se communiquent à la paille qui jonche le sol de la cathédrale et sur laquelle reposent des blessés allemands. C’est la panique. Mais les Allemands, que la foule veut massacrer, sont sortis de l’édifice et sauvés grâce à l’intervention énergique des abbés Landrieux, Thinot et Andrieux.

    Pendant ce temps, le feu poursuit ses ravages. Dans le beffroi de la tour nord, les cloches s’écroulent. Bientôt, la fumée sort de la toiture de la cathédrale. Dans les combles, le feu a  trouvé un aliment de choix : les énormes poutres de chêne de l’immense charpente qui a été mise en place 433 ans plus tôt, en 1481, après le premier incendie de la cathédrale, accidentel celui-là. Au chevet, le clocher à l’ange disparaît dans les flammes. Le plomb en ébullition des feuilles qui recouvrent la toiture coule à plein ruisseau sur les voûtes, dans les chéneaux et par les gargouilles. Une vision de cauchemar.

    En ville, la nouvelle s’est vite répandue : «La cathédrale brûle! Ils ont brûlé la cathédrale!» Alors, des quatre coins de la cité, les Rémois commencent à affluer vers le centre. Ils sont sortis des caves où ils entendaient le bruit assourdi des explosions et attendaient dans l’angoisse la fin de la tourmente. Inconscients du danger, car le bombardement peut reprendre à tout moment. «Le coup d’œil est terrifiant, raconte un témoin. A gauche, en face, à droite et même en arrière, c’est un océan de feu. On ne peut imaginer un spectacle aussi triste, aussi poignant. La désolation est si grande qu’un grand nombre de Rémois ne peuvent s’empêcher de pleurer».

    Henri Matot, qui avait 12 ans à l’époque, a gardé le souvenir très précis de cette journée qui a marqué son enfance : «Nous étions dans la cave de notre imprimerie, rue du Cadran-Saint-Pierre, lorsqu’un obus est tombé sur la maison, détruisant le second et le premier étage. Quand nous sommes sortis, à cinq heures du soir, j’ai vu la cathédrale en flammes. Nous avons couru place des Marchés.

    Tout le quartier brûlait. Les statues de la cathédrale semblaient se tordre de douleur. Je regardais la toiture de l’édifice se consumer. C’est une vision que je n’oublie pas.» Le journaliste Marc Blanc, qui avait 15 ans en 1914, racontera lui aussi le gigantesque incendie : «Ce feu d’artifice aux couleurs changeantes : bleue, verte, orangée selon la fusion des métaux, cette immense colonne de fumée jaunâtre que modelait un soleil oblique et qui, portée au loin par le vent, signait sur fond de ciel l’ignominie allemande…»

    «A cinq heures et demie, écrira un autre témoin, M. Aubert, la toiture achève de se consumer. On aperçoit, à travers les vitraux de la grande nef, des lueurs rouges faisant supposer qu’à l’intérieur tout brûle. On s’arrache à grand’peine de ce spectacle terrifiant qui ne sortira jamais de notre mémoire.»

Extrait de Reims 1900-2000 – Un siècle d’événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2001. Tous droits réservés.

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