Sweeney Todd : la vengeance est un plat qui se mange froid

© Olivier Benezech, 2014

Reims n’est pas Broadway mais la ville se met à la comédie musicale sous l’impulsion de Serge Gaymard qui ouvre la scène de l’Opéra à des productions de qualité comme Sweeney Todd qui devrait, les 20 et 21 mars, faire trembler un nouveau public.

© Olivier Benezech, 2014

© Olivier Benezech, 2014

Vous aimez les vraies histoires portées par de vraies chansons, les artistes qui savent tout faire, l’univers trompeur des farces cruelles ? Vous aimerez Sweeney Todd, l’œuvre de Stephen Sondheim créée à Broadway en 1979. Pour transposer en France cette comédie musicale à l’américaine, Olivier Bénézech est revenu aux fondamentaux, bien loin des superproductions parisiennes avec beaucoup de figurants, de fumées et de bruit. La forme plus théâtrale qu’il a fabriquée met en valeur le jeu des neuf acteurs et donne de l’épaisseur à l’intrigue. L’intrigue, parlons-en. Sweeney Todd s’évade du bagne et rentre à Londres pour assouvir sa vengeance. Barbier de profession, il se transforme en tueur en série avec la complicité amoureuse de sa voisine qui a trouvé comment améliorer sa recette de la tourte à la viande…

Délicieux frisson

Il y a dans Sweeney Todd un peu du Comte de Monte-Cristo (en plus drôle), un peu d’Arsenic et vieilles dentelles (en moins doux dingue), un peu de Tarentino (côté hémoglobine). Et même un peu d’Hitchcock pour le délicieux frisson qui parcourt le spectateur. Les barbiers célèbres du répertoire lyrique sont habituellement espiègles et combattifs mais pas égorgeurs comme celui-ci qui justifie bien le sous-titre du livret : The Demon Barber of Fleet Street.

C’est la compagnie nordiste La Clef des Chants qui a relevé le défi avec Olivier Bénézech de monter cette comédie satirique plongée dans les années 70 (au lieu du XIXe siècle originel). Promoteur de l’art lyrique dans sa région native, elle est bien connue à l’Opéra de Reims où elle a déjà présenté Pietra del paragone de Rossini en 2006 et Le Tour d’écrou de Britten en 2011. Le premier rôle a été donné à Jérôme Pradon, un comédien complet qui s’est illustré aussi bien dans Mamma Mia à Mogador que dans la série télévisée Engrenages. Si la distribution est française, le texte est en anglais mais grâce à la magie du surtitrage les Rémois ne perdront pas le fil de l’histoire ni le sel des dialogues.

Avant Cabaret

Dans le spectacle, la partition musicale n’est pas un accessoire. Interprétée en fond de scène par neuf musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Reims, elle se fait « balladeuse », ou vibrante, ou grinçante, jusqu’à la dernière péripétie du héros. Le meilleur service que l’on puisse rendre à cette version de Sweeney Todd est d’oublier, si on l’a vu, le film qu’en a tiré Tim Burton en 2008 avec Johnny Depp. Pour Patrick Bève, directeur de la Clef des Champs, les nombreux raccourcis que le réalisateur s’est autorisés dénaturent l’œuvre de Sondheim au lieu de la transcender. Quant à savoir si l’Opéra de Reims a vocation à accueillir ce genre de proposition, rappelons-nous que la comédie musicale est l’héritière de l’opérette qui, comme elle, fusionne comédie, chant et danse. Et Serge Gaymard, son directeur, entendu bien persévérer dans cette voie pour amener dans la maison un public différent. En 2016, il programmera Cabaret d’Olivier Desbordes avec Nicole Croisille.

 

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