Jean-Pierre Caillot (Président du Stade de Reims): le retour sans complexe en Ligue 1

Demandez à un footballeur quelles sont les personnes importantes de sa vie, il va vous répondre « Ma mère et mon entraîneur ». C’est Jean-Pierre Caillot qui raconte cela. Si ce footballeur joue au Stade de Reims, la réponse est plus étoffée : « Ma mère, mon entraîneur et mon Président ». Mais cela reste entre nous. Jean-Pierre Caillot n’en sait rien.

En cette fin de saison 2017-2018, le Président du Stade de Reims se dit moins stressé. Le classement de la Ligue 2 qui affiche son équipe en leader du championnat l’apaise, avant l’enfer émotionnel de la Ligue 1 qui s’annonce inévitable pour la fin de l’été prochain. Notons que Jean-Pierre Caillot a toujours préféré son cardiologue à son hypothétique psychiatre.  Aujourd’hui, du plaisir, il en prend énormément. « Je sais qu’en Ligue 1 ce ne sera pas la même chose, j’y ai vécu quatre saisons de stress. Les résultats de nos adversaires m’intéressaient autant que les nôtres, voire plus. En ce moment, c’est différent parce que notre destin nous appartient, c’est plus reposant. Je sourirai certainement moins l’année prochaine».

Quinze années d’expérience ont fait murir ce jeune Président, amoureux des chiffres et des statistiques comme autant d’éléments nourriciers d’une bonne gestion et d’une analyse sereine des résultats sportifs, match après match. Pour gagner, il faut jouer et surtout bien compter. On peut perdre quand on joue, mais on perd surement quand on compte mal.

Un budget 13 fois moindre que celui du PSG.

Quand le Stade de Reims déclare un budget de 16 M€ pour la saison 2017-2108, il se trouve être un des rares clubs à ne pas consommer la totalité de ce budget. Il en sera de même avec les 35 ou 40 M€ du budget 2018-2019. A Reims, c’est la règle : les charges sont toujours inférieures au budget. Sur ce chapitre, le travail d’un président consiste pour beaucoup à alimenter les ressources du club. Le futur budget sera principalement alimenté par le trading de joueurs, selon les départs et les arrivées (six à sept nouveaux joueurs annoncés et autant de départs, pour un effectif d’une trentaine) et les droits des télévisions.

« Il va falloir aller chercher des pointures. On est en pleine prospection. Les postes à renforcer sont ciblés. 6 ou 7 joueurs nouveaux, dont certains aguerris à la Ligue 1 et des jeunes à fort potentiel capable de s’adapter très vite à ce niveau. On ne joue pas en Ligue 1 comme on joue en Ligue 2 ». Quel est le profil majeur d’une future recrue du Stade ? « Humainement, des joueurs qui ont la tête sur les épaules. Avec un état d’esprit irréprochable, parce que c’est long une saison de championnat ».
Le public comme un 12e joueur

Si la billetterie affiche ses limites (4,5 M€ pour la plus belle saison), Jean-Pierre Caillot reste lucide sur cette recette : « 12 000 spectateurs en moyenne dans un stade de 21 000 places ? Une vraie frustration pour nous dirigeants. On aimerait que les spectateurs soient encore plus supporters et donc plus nombreux. Pour les matches à domicile de cette fin de saison, nous attendons entre 12 et 15 000 spectateurs. Il faut que les Rémois s’accaparent à nouveau le Club. En Ligue 1, certains spectateurs venaient au Stade pour voir jouer nos adversaires et
nous faisions alors 14 000 entrés en moyenne. Cette moyenne devrait se situer pour cette fin de saison entre 8 et 10 000 spectateurs. La différence est trop grande ».

Les aléas du sport posent leur empreinte, et plus encore dans le football, sur cette bipolarité attisée par les tribunes : spectateurs et supporters à la fois. L’allégresse et les mots d’oiseaux trouvent toujours des oreilles, celles d’un président de club tout particulièrement : « Les années produisent de la carapace. Il faut savoir encaisser. La médiatisation n’est pas toujours agréable et la reconnaissance des autres dépend beaucoup des résultats sportifs. Ici, au fil du temps, les dirigeants du Stade de Reims ont pu acquérir une certaine crédibilité. Je rencontre beaucoup plus de gens à présent qui nous remercient, pour le Club et pour la ville de Reims. Certes, les regards et les réflexions n’ont pas toujours été tendres, surtout lorsque nous sommes passés de Ligue 2 en National et que le public pensait alors que la Ligue 1 c’était fini pour Reims et pour longtemps ».

Tous responsables dans l’équipe

On explique mieux l’amertume que la joie, la première rend plus loquace, peut-être pour donner aux erreurs les vertus de la leçon. « On se remet en question tous les jours. Quand on attaque une saison, on sait qu’il y aura des gagnants et des perdants et on sait qu’être perdants est possible. On peut toujours, l’année d’une descente, faire le bilan des aléas comme, par exemple 21 tirs sur les poteaux en une saison, des fautes d’arbitrages, ou des blessures de joueurs. Quand on descend d’un échelon, ce sont les dirigeants qui assument. Responsable le Président ? Oui, mais là aussi, lui et l’équipe ».

L’équipe, ce mot du vocabulaire sportif entré depuis longtemps dans celui de l’entreprise ou de la société organisée : « On gagne en équipe et on perd en équipe. C’est banal, mais c’est vrai. Après, c’est une question de ressenti. Je suis toujours surpris par l’attitude des joueurs qui consistent, gagnants ou perdants, à se projeter immédiatement dans le prochain match à jouer ».
Les états d’âme aux vestiaires
Quatre saisons en Ligue 1 et deux en Ligue 2, d’un échelon à l’autre, quelles différences pour le président Caillot ? « Chacun vit cela d’une façon très personnelle. Président depuis 15 ans, j’ai passé beaucoup plus de temps en National et en Ligue 2 qu’en Ligue 1. Et c’est en Ligue 1 que l’on peut voir les choses différemment, à cause d’une médiatisation beaucoup plus importante ».
Les états d’âme restent aux vestiaires, ceux du Président aussi, sauf certaines vérités capables de vous transformer un spectateur en supporter « Hier, je pensais qu’être Président c’était 95% d’emmerdement pour 5% de bonheur. Les emmerdements sont passés à 99%, mais le 1% restant vaut la peine d’être vécu. Sept clubs de Ligue 1 sous pavillon étranger ? Ici, le Club appartient à ses supporters. C’est un gage de valeur et de pérennité. Je suis arrivé à la tête de ce club par passion et non pas programmé par un actionnaire. Je ne suis pas un président délocalisable. Cette réalité calme mon égo. Je suis d’ici et je ne pourrai pas être d’ailleurs ».

La troisième mi-temps

« Je passe beaucoup de temps entre mon entreprise et le Stade de Reims. Mais ce temps, je ne le vis pas seul. Au Stade, ma femme est avec moi. C’est vrai qu’autrement, je ne fais pas grand-chose. Parce que ma vie est là, ma femme, l’entreprise et le Stade … Et mes enfants et
petits-enfants … A l’autre bout du Monde, en Australie, chaque fois que je le peux. Oui, j’arrive parfois à m’échapper. Mais, je l’avoue, sans oublier l’entreprise et le Stade. Je n’échangerai ma vie avec personne. Je suis l’acteur de ma passion. Combien de gens vivent leur rêve ? Moi, je vis le mien. Et, en plus, je suis en bonne santé. J’ai des défauts comme tout le monde mais pas celui d’être égoïste. Il m’arrive de donner du bonheur aux autres, mais cela ne regarde que moi ».

Le hors-jeu du hors football

Imaginer Jean-Pierre Caillot sans le football devient alors compliqué. « A chacun son addiction. La mienne, c’est le Stade de Reims. Le Club, ceux qui y travaillent et le font vivre, les joueurs, les supporters et tout le chemin parcouru grâce à tous depuis une quinzaine d’années. La Ville de Reims ? Ils savent le vecteur de communication que nous représentons pour la ville. Le Stade n’est pas qu’un club de football, loin s’en faut ».

39e minute de l’entretien. Coup de sifflet final. Vainqueur : Jean-Pierre Caillot. Carton jaune : l’intervieweur. Le mot de la fin : « Le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football … Des endroits où l’on se sent solitaire et solidaire en même temps». Albert Camus, ex goal du Racing Universitaire Algérois.

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