Jean-Philippe Collard: « La musique est un véritable miracle »

®Axel Coeuret pour Flâneries Musicales

Les Flâneries Musicales de Reims entament ce mercredi soir leur 29 ème édition, la 7 ème pour Jean Philippe Collard qui en est le Directeur artistique. A quelques heures de l’un des grands événement de l’été à Reims, rencontre avec un amoureux de la musique par Catherine Landron.

 

Sa fréquentation assidue du répertoire classique par profession n’empêche pas Jean-Philippe Collard, pianiste et directeur artistique des Flâneries musicales de Reims, d’entretenir avec la musique des relations polyamoureuses qui le portent parfois au comble de l’émotion.

Du plus loin qu’il se souvienne, la musique est entrée dans la vie de Jean-Philippe Collard par le 2e concerto de Rachmaninov. « Je devais avoir 8 ou 9 ans quand on m’a offert ce premier microsillon. Le 2e, reçu juste après, était celui d’une pianiste anglaise, Moura Limpany, dans le concerto de Grieg. Là encore de la musique romantique, pour piano. Ces disques que je vénérais, je les ai encore, même s’ils sont inaudibles aujourd’hui. » Quelques années plus tard, les disques seront pour lui des supports d’études au conservatoire. « A l’époque, les électrophones avaient plusieurs vitesses : 78 t, 45 t, 33 t mais aussi le 16 t qui nous permettait d’écouter les disques au ralenti pour pouvoir analyser le jeu des interprètes. Par exemple, je me souviens qu’on avait étudié le sherzo n°1 de Chopin par Horowitz. Il jouait ça de manière tellement vertigineuse qu’on se demandait comment il pouvait enchaîner autant de notes en si peu de temps. Grâce au 16 t, on a découvert qu’au lieu de faire une note après l’autre, il en jouait deux ensemble pour gagner du temps. »

Etranglé d’émotion

Jean-Philippe Collard n’est pas pour autant devenu un collectionneur de disques. « En réalité, j’ai peu d’enregistrements chez moi, et très peu de piano. L’écoute de la musique n’est pas si simple pour des raisons de friction avec mon travail. Je ne peux pas écouter de musique classique sans réagir en professionnel. Cela m’interdit souvent d’en jouir comme un simple auditeur. » Il fait bien le distinguo entre « entendre » et « écouter ». « La musique qu’on entend est celle qui coule du robinet sans qu’on ait de prise sur elle. Elle est là comme un élément de décoration. Quand je suis dans une position d’écoute, je suis à la recherche du beau et ce beau m’envahit, fait de moi une midinette, me met les sens à fleur de peau et les larmes au bord des yeux. » Ce phénomène d’envahissement peut avoir des effets indésirables… « Les émotions les plus vives, je les ai eues en chantant. Vives au point que la voix est coupée. Un soir aux Flâneries, Françoise Lasserre redonnait en bis le final de la Messe en si de Bach à la basilique Saint-Remi et m’avait invité à rejoindre les chœurs. Mais je n’ai pas pu chanter. L’émotion, accrue par le fait de chanter ensemble, était trop forte. Même la Marseillaise pendant un match de foot, il arrive que je ne puisse pas l’entonner jusqu’au bout ! »

De Brel à France Gall

Sa culture musicale, très orientée vers le répertoire classique, s’étend à des standards si grands qu’ils n’appartiennent plus à un genre ou l’autre, « comme Mack The Knife par Ella Fitzgerald dans un enregistrement capté à Berlin. Cette voix aussi miraculeuse, c’est de l’émotion à l’état pur. » Son plaisir, il le trouve aussi dans la chanson française. Brel : « Irrésistible. Pourquoi ? La qualité de la musique sûrement, les paroles bien sûr, le poète, la bête de scène qui se livrait à son public. A l’instant où je l’écoute, c’est la plus belle musique du monde. Elle m’étreint. » Piaf : « Ce petit bout de femme qui vient te chercher avec des chansons qui n’ont pas d’air ou des airs qui n’ont pas de chanson. » Nougaro : « À l’intérieur de ses chansons, il y a un monde qui s’écoute et pas un monde qui s’entend. » Plus inattendu est son penchant pour France Gall et Véronique Sanson : « La fraîcheur de leur voix, la qualité de leurs chansons m’attirent. Je ne peux pas faire autrement que de les écouter. » Quant à Johnny Hallyday : « Ça percute. Ça me prend aux tripes. La voix incroyable qu’il avait, son timbre. Unique en son genre. Quel regret de ne pas l’avoir vu sur scène. »

La magie d’un concert

Jean-Philippe Collard se réjouit de n’être pas le seul que la musique accompagne. « Les gens ne peuvent plus se passer de musique aujourd’hui. Toutes les études montrent qu’elle est essentielle au développement du cerveau. Plus on apprend tôt, plus on chante, plus on étudie le solfège et plus on a de chance de s’en sortir après. Ça veut dire quoi ? Que la musique est un véritable miracle. Elle a une puissance tellement incroyable qu’elle peut atteindre tous les cœurs. Elle rentre complètement dans nos vies. Même quand elle n’est qu’un ronron dans l’oreille qui passe par des écouteurs… » Mais rien à ses yeux ne remplace la magie d’un concert. « La relation que l’artiste établit avec le public a un rapport avec l’ivresse. Du cœur, pas celle du champagne. Par moment, on a le sentiment d’entraîner les spectateurs dans la même respiration, de suspendre le temps sous l’effet d’un accord qui s’éternise ou d’une virtuosité incandescente. Ce sont des instants uniques qui se construisent ensemble. Et comment vivre autrement sur cette terre qu’en partageant des vibrations, au même moment, dans le même lieu ? »

 

 

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