Le mécénat gagne « une bataille mais pas la guerre »

Prisme, le club d’entreprises mécènes recevait ce mercredi dans le cellier Louis Roederer à Reims le Président d’Admical , l’association nationale qui défend le mécénat d’entreprise.

Une soirée au coeur de l’actualité. Selon les Echos qui a pu se le procurer, la Cour des Comptes vient en effet de publier un rapport dans lequel elle préconise différentes mesures visant à limiter les avantages fiscaux actuels accordés aux mécènes. En ligne de mire, le N°1 mondial du luxe LVMH et sa fondation Louis Vuitton. Sa construction représenterait un budget de 700 à 800 M€ dont 400 à 450 M€ défiscalisables au titre du mécénat. Une somme bien trop élevée aux yeux des magistrats de la rue Cambon. Une réflexion est en cours pour modifier les dispositions de la « loi Aillagon » qui régit actuellement le mécénat en France autour des deux sujets principaux: la défiscalisation et les « contreparties défiscalisables » ( billets, location d’espace, bénéfice d’image…).

Pour François Debiesse, le Président d’Admical, l’exemple de la fondation Vuitton illustre bien les réticences qu’inspire l’actuelle politique de mécénat dans les ministères et à Bercy en particulier.  Réticences structurelles (les montants défiscalisés représenteraient des ressources non disponibles pour l’Etat) et conjoncturelles. Dans le cas de ces dernières, les fondations d’art contemporain créées par les entreprises privées font l’objet d’attaques de plus en plus fortes. Sont-elles vraiment désintéressées, comme le prévoit la loi et ne rentrent-elles pas en concurrence avec la politique culturelle publique ? François Debiesse combat ces deux objections. « Ces fondations ont bien évidemment un intérêt collectif. Il suffit de regarder les chiffres de fréquentation ( 1400 000 visiteurs en 2017 pour Louis Vuitton) et elles ne sont pas en concurrence avec la politique culturelle publique. Elles sont complémentaires. LVMH continue à être mécène du Château de Versailles« . La Maison de la Reine à Versailles a été effectivement rénovée et remeublée grâce au mécénat de la Maison Dior. En fait, le danger pour le mécénat est de globaliser les évolutions du cadre légal à partir des exemples des fondations d’art contemporain qui sont, en fait,  peu nombreuses. La réalité est différente. Une majorité (62%) des mécènes sont des TPE et PME même si , et c’est logique, le don moyen des entreprises de taille intermédiaire (ETI)  s’élève à 129 077 € par an et celui des grands groupes à 4 059 627 €. Le mécénat est beaucoup plus désintéressé que l’on imagine, 52 % des budgets mécénat allant à des actions dans les secteurs du social, de l’éducation et de la santé et surtout la moitié des entreprises ne défiscalisent pas leurs actions et ce, souvent pour éviter la lourdeur administrative.

Pour le président d’Admical, lui-même ancien président de la Fondation Paribas, c’est le rôle sociétal de l’entreprise qui est au cœur de la discussion. Contrairement aux débuts des années 80 où la recherche d’image était l’objectif principal, le mécène veut aujourd’hui que son investissement soit un « projet à fort impact social« . Ceux qui travaillent dans l’entreprise sont en attente de sens à donner à leur mission. Pour cela, le mécénat est un puissant levier. Il ne sert à rien de « stigmatiser les grands groupes ». Aujourd’hui, la motivation des mécènes a changé. La recherche de liens avec l’écosystème est primordiale ( collaborateurs, collectivités territoriales, monde économique…). Il faut observer aussi la tendance à un mécénat de plus en plus territorial. Reims en ait un exemple avec les rénovations de patrimoine ou le soutien aux manifestations culturelles. Le club des partenaires des Flâneries Musicales compte aujourd’hui plus d’une centaine d’entreprises.

A ce jour, le danger d’une grande révolution, qui pourrait surtout donner un coup de frein brutal au mécénat, semble écarter. Un amendement a été déposé pour créer une franchise de 10 000 € qui permettraient aux TPE PME de franchir le seuil des 0.05 % du CA actuel (qui, lui, est très favorable aux grands groupes). Une façon de développer encore le mécénat. « Une bataille gagnée mais pas la guerre » dit le Président d’Admical.

Loi Aillagon dispositif actuel
Réduction d’impôt de 60 % sur l’impôt sur les sociétés dans la limite de 0,05 % du chiffre d’affaires HT.
Réduction accordée pour les versements effectués au profit d’organismes publics ou privés dont la gestion est désintéressée et qui ont pour activité principale la présentation au public d’œuvres du spectacle vivant, de musique et du cinéma.

Photo © refletsactuels.fr  François Debiesse, Président Admical avec Didier Janot, Président de Prisme

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