Une nouvelle directrice pour la Comédie

Nommée il y a six mois, Chloé Dabert vient de succèder le 1 er janvier à Ludovic Lagarde à la tête de la Comédie, scène dramatique nationale. Cette comédienne et metteure en scène, prête à conquérir tous les publics, témoigne d’un grand attachement au texte.

Où avez-vous grandi et rencontré le théâtre ?
Je suis née en Normandie mais j’ai grandi près de Bourges. Au lycée, j’ai pris l’option théâtre un peu par hasard, parce que l’option musique, plus naturelle pour moi qui avais fait quelques années en école de musique, m’a fait peur. J’y ai travaillé avec une femme engagée dans un théâtre qui soulève des questions. Mes premiers souvenirs de spectacles, je les ai vécus à cette époque à la Maison de la Culture de Bourges. Je suis une enfant de la décentralisation !

Quelle route avez-vous prise ?
J’ai passé un an à la Comédie de Saint-Etienne avant d’entrer au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Le travail sur le texte de grandes figures comme Joël Jouanneau pour qui j’ai joué, Stanislas Nordey qui a mis en scène Porcherie de Pasolini, de Claude Régy… m’a fortement marquée. Et puis j’ai pris la route de Lorient. J’étais très impliquée dans l’animation d’ateliers pour ados, et plus généralement dans la vie du CDN et du territoire. Ça m’a tellement plu que j’y suis restée huit ans. C’est véritablement en Bretagne que j’ai grandi en tant qu’artiste et que je me suis formée à la mise en scène.

Qu’est-ce qui vous a attirée à la Comédie de Reims ?
Après Lorient, j’ai enchaîné les résidences et les créations : à la Comédie Française, à Angers, pour le Festival d’Avignon… Mais j’avais envie de me poser quelque part, de construire sur plusieurs années une relation avec un territoire. La Comédie de Reims, c’est LA MAISON. La culture du texte est dans son ADN, mais aussi la transmission qui est pour moi essentielle et que j’ai envie de développer. L’importance du travail collaboratif avec les autres structures culturelles rémoises m’a frappée et également séduite.

Comment s’est formé votre projet ?
J’ai commencé par rencontrer l’équipe, les acteurs culturels, les élus pour comprendre le territoire, voir ce que je pouvais apporter. Le projet que j’ai présenté a été construit avec mes affinités artistiques et mes collaborateurs, mais aussi avec ce que j’ai senti des envies et des besoins locaux. Dans les grandes lignes, il donne la priorité à l’écriture, au texte, aux auteurs, à la langue, entend faire participer les habitants et organiser la rencontre avec tous les publics, s’appuie sur la présence forte d’une dizaine d’artistes associés dont les esthétiques peuvent être très différentes des miennes. J’ai l’intention de m’investir dans ce lieu, en tant que directrice et en tant qu’artiste. M’accompagnent comme directrice adjointe Magali Dupin et comme artiste associé et responsable pédagogique Sébastien Éveno avec qui j’ai vécu l’aventure de Lorient et de la compagnie Héros-Limite.

Qui est Cholé Dabert ?
Une directrice de compagnie qui a l’habitude de gérer une grosse équipe. Quelqu’un de têtu, précis, ouvert à la discussion. Quelqu’un qui travaille beaucoup sur les écritures contemporaines. Une écriture rigoureuse, technique, formelle, ludique, généreuse, qui touche à des sujets de fond mais avec distance, humour, qui peut même flirter avec le boulevard.

Comment vivez-vous le fait d’être la première femme à la tête de cette maison ?
C’est une grosse responsabilité. J’ai ma vision, je suis une femme alors, oui, peut-être cela aurait-il un impact, mais je ne peux pas le mesurer. Je suis surtout très respectueuse du travail qui a été fait par mes prédécesseurs. Je vais construire autre chose avec les gens qui m’entourent, en assurant une transition en douceur.

 

 

Interview Catherine Landron
Photo Axel Coeuret

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