« Requiem à mes frères tsiganes ou le passé recomposé »

C’est à une première mondiale pas comme les autres que l’on pourra assister, ce samedi 21 septembre, à L’Opéra de Reims : le Requiem à mes frères tsiganes, de Django Reinhardt, ré-écrit par le guitariste manouche Christophe Lartilleux. Exceptionnel.

Christophe Lartilleux a du Django Reinhardt plein les doigts, comme Kylian Mbappé a du Pelé au bout des pieds. Une bonne raison à cela : à l’image du jeune parisien, biberonné aux vidéos de matches du footballeur brésilien, le Châlonnais a été élevé au son de la guitare du « génial gitan ». Pour ses 3 ans, sa grand-mère paternelle, qui jouait de la mandoline et se produisait en concert dans les années 30, lui offrit une petite guitare achetée aux Galeries Lafayette. Il l’a précieusement conservée. Mais c’est sur Selmer 634, la même que celle de Django Reinhardt, qu’il joue aujourd’hui. Car Christophe Lartilleux est devenu guitariste professionnel, comme son père, spécialiste de jazz manouche, et sans doute le meilleur connaisseur et interprète de Django. Ce qui lui a valu de doubler l’acteur Reda Kateb qui incarnait l’auteur de Nuages dans le film d’Etienne Comar (2017), pour toutes les scènes où la guitare entrait en jeu.

Déjà belle, l’histoire ne s’arrête pas là. Le film, lui, se termine avec les seules mesures conservées du Requiem à mes frères tsiganes, composé en 1943 par Django Reinhardt – « à l’oreille », car il ne savait ni lire ni écrire la musique – en hommage à son peuple persécuté. La transcription effectuée sur partition par Gérard Lévecque, l’ami clarinettiste du Quintette du Hot Club de France, a disparu. Et le Requiem pour choeur et orgue avec elle, après l’unique concert donné en 1944 en la chapelle de l’Institut des Jeunes Aveugles, à Paris.
Lorsqu’elle voit le film et entend ces quelques notes finales, Catherine Roberti, qui porte bien des projets de VIVA*, se dit tout à trac « il faut poursuivre… ». Poursuivre, c’est-à-dire re-composer ce requiem ou, plutôt, en écrire la suite. Et qui d’autre que Lartilleux pour donner corps à cette presque folie ? « A partir du tout petit enregistrement qui subsiste et de la vie de Django Reinhardt, j’ai composé un requiem au plus près de son esprit et de son style », explique celui-ci, dont bien des membres de la famille maternelle, d’origine manouche, ont péri lors de la Seconde Guerre mondiale, victimes du nazisme.
Frédéric Ammann, violoniste et arrangeur de VIVA, a adapté la partition pour les instruments de l’ensemble et le chœur, et ce Requiem à mes frères tsiganes, dans sa version totalement inédite, va être donné le 21 septembre à L’Opéra de Reims. Ce sera bel et bien une première mondiale. L’œuvre pourrait ensuite visiter les scènes du réseau des opéras de France, et plus si affinités, c’est-à dire le monde entier, partout où le jazz manouche made in Django Reinhardt est toujours bien vivant.

 

*VIVA (Violons d’ici, violons d’ailleurs) est un ensemble de musiciens classiques,
membres de l’Orchestre de l’Opéra de Reims et enseignants dans les conservatoires et
écoles de musique de la région, qui empruntent des chemins de traverse pour offrir des
concerts éclectiques explorant des styles aussi variés que la musique classique, bien sûr,
mais aussi irlandaise ou orientale, le jazz, le tango… ou encore des compositions écrites
pour leur formation.

Requiem à mes frères tsiganes
Compositeur : Christophe Lartilleux
Ensemble VIVA
Opéra de Reims
Samedi 21 septembre 2019 – Réservations ouvertes sur www.operadereims.com

Photo Christophe Lartilleux et sa Selmer 634, la même guitare que celle de Django Reinhardt © J.Préville

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