Les paysages du Champagne protégés par le Conseil d’État

Le Conseil d’État vient d’estimer qu’il n’y avait pas lieu de revenir sur la décision de la Cour administrative d’appel (CAA) de Nancy de Juin 2021 qui avait refusé d’autoriser l’implantation de parcs éoliens en bordure de la zone classée « UNESCO » des paysages de Champagne.

Pour mémoire, le 8 août 2014, une demande d’autorisation unique pour la construction et l’exploitation d’un parc de 9 éoliennes et 3 postes de livraison sur le territoire de la commune de Pocancy avait été déposée à la Préfecture de la Marne. Un mois plus tard, une autre demande (par une autre société) avait été faite pour la construction et l’exploitation d’un parc de 4 éoliennes et 1 poste de livraison sur le territoire de la commune voisine de Champigneul Champagne. En février 2017, le préfet de la Marne avait rejeté ces demandes. En janvier 2019 le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne avait annulé les deux arrêtés préfectoraux. Saisie, la CAA de Nancy avait annulé, deux ans plus tard, la décision du tribunal. C’est la position de la juridiction de Nancy qui vient d’être confirmée.

« Nous sommes satisfaits de la décision du Conseil d’Etat « déclare Pierre-Emmanuel Taittinger, président de la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne-Patrimoine mondial. Il tient à préciser que « la Mission n’est pas opposée au développement de l’éolien« . D’ailleurs, nombre de projets ne suscitent aucune remarque de sa part. Et de rappeler que « la Mission est chargée, par l’UNESCO, aux côtés de l’Etat, depuis l’inscription des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne sur la Liste du patrimoine mondial le 4 juillet 2015, de veiller à la préservation de l’intégrité et de l’authenticité des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne afin d’éviter toute atteinte à la « Valeur Universelle Exceptionnelle» (VUE) qui leur a été reconnue par l’UNESCO« .

C’est dans ce cadre, et en relation avec les services de l’Etat, que le conseil scientifique de la Mission a élaboré une charte éolienne qui fixe les préconisations à respecter afin de concilier le développement éolien avec le respect de l’authenticité et de l’intégrité du bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial. Ces préconisations sont communiquées aux porteurs de projets. En complément de la Charte éolienne, les services de l’Etat ont défini une Aire d’Influence Paysagère afin de délimiter avec précision les secteurs dans lesquels toute implantation d’éoliennes, parce qu’elle porterait atteinte à la VUE du Bien, doit être exclue.

Le projet en cause se situait dans un secteur d’exclusion. Non loin de plusieurs autres parcs éoliens, ce projet visait un ensemble de treize éoliennes, d’une hauteur maximale de 150 mètres en bout de pale, soit une hauteur supérieure au dénivelé de terrain entre la plaine de la Champagne crayeuse et les plateaux de la Brie. Il aurait instauré une covisibilité avec les coteaux viticoles situés à proximité, portant atteinte à l’intégrité et à l’authenticité du Bien. Ce projet avait déjà suscité, dès 2014, des inquiétudes de la part d’ICOMOS (l’ organisation internationale non-gouvernementale qui œuvre pour la conservation des monuments et des sites dans le monde) alors même que les Coteaux, Maisons et Caves de Champagne n’étaient pas encore inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Dans son dernier rapport, ICOMOS remarque, d’ailleurs, que les paysages du Champagne sont confrontés à des menaces dues au développement généralisé et à la pression croissante des parcs éoliens.

 

photo @refletsactuels.fr

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