L’Apocalypse à Reims

Une exposition particulière ouvre ce mardi à Reims au Musée Le Vergeur. Elle propose deux visions de l’Apocalypse. Explications.
Contrairement à la définition usuelle, l’Apocalypse n’est pas la fin du monde mais plutôt une période de révélation entre la fin d’un monde et le début d’un nouveau. C’est précisément cette dualité que l’exposition met en lumière en présentant deux artistes et deux visions d’un même texte, celui de Saint-Jean, écrit en 90 après J.C et dernier livre de la Bible.
Albrecht Dürer réalise 16 gravures de bois illustrant le texte biblique en 1511. Par la générosité d’une riche famille rémoise, le Musée-Hôtel Le Vergeur dispose du premier tirage de cette édition. Une oeuvre qui vient d’être restaurée. Dürer est un artiste majeur de son époque, contemporain de Léonard de Vinci et de Michel-Ange. L’imprimerie vient de faire son apparition et la gravure, en plein essor, est aussi célèbre que la peinture. Pour autant, la période est difficile: quand ce ne sont pas les guerres de religion qui font rage, c’est la peste noire qui décime les populations. La réforme combat l’obscurantisme moyen-âgeux. C’est la fin d’un monde. Bientôt, un autre émergera. Une forme d’apocalypse.
Pas très loin de penser que nous vivons la même « expérience », Frédéric Voisin revisite chacun des thèmes abordés par Dürer, en le confrontant aux réalités de notre siècle.
Un siècle dans lequel Frédéric Voisin s’est résolument inscrit. Illustrateur dans la presse quotidienne, à Libé notamment, dans la presse magazine, dans la publicité, il nous dit avoir découvert la peinture avec le « mac ». Au début des années 90, il est à Londres où il travaille pour la presse « rockn’Roll » et commet des pochettes de vinyles veillissants et de CD’S naissants ( déjà une apocalypse !). Il a, avoue-t-il, et ceci explique cela, un intérêt marqué pour les religions et, singulièrement, pour la période de la Renaissance. C’est précisément ce qui l’amènera à ce projet d’illustration contemporaine du texte de Patmos.
« On connaît le monde finissant, on ne connaît pas le monde qui viendra, on a peur de l’inconnu... » Les planches présentées sont, naturellement plus modernes, mais elles procèdent d’une même allégorie, celle de la confrontation du bien et du mal, de Dieu et du Diable et au final de l’apparition d’une « nouvelle Jérusalem ». Quand Dûrer illustrait ce combat par la chevauchée des chevaliers- la balance vide, signe de famines, la faux signe de mort – Frédéric Voisin inscrit les signes monétaires, symboles d’une puissance monétaire chancelante, les morts par milliers des holocaustes, sans oublier le 11 septembre ( plus rien ne sera plus comme avant), la pollution…
 » L’exposition n’est surtout pas une comparaison« , nous dit Frédéric Voisin, « le texte de Jean est la base pour décrypter, pour comprendre les deux interprétations« . Et comme il y eut un « après » l’ Apocalypse de Dürer, il y aura un « après » celle de Voisin. Une nouvelle ère de « mille ans de bonheur », peut-être !
L’exposition se déroule au Musée Hôtel Le Vergeur jusqu’au 23 décembre 2010. Elle bénéficie, entre autres, du soutien de l’association Prisme qui assure la promotion du mécénat d’entreprises au travers de la réalisation d’oeuvres d’art urbain et le soutien à l’art contemporain, plus particulièrement la jeune création contemporaine, à Reims et dans sa région. A l’occasion des Journées du Patrimoine, Frédéric Voisin dédicacera le catalogue de l’exposition le week-end des 18 et 19 septembre 2010.

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