« Quand tout sera blanc » à l’Opéra de Reims

Le collectif artistique Io revient sur la scène de l’Opéra de Reims ce samedi 7 décembre avec une création qui met la musique, la danse et la poésie nordique au service d’un récit tiré de La Reine des Neiges.

Les contes pour enfants ne sont pas toujours doux et lisses. Et leurs auteurs ne sont pas que des rêveurs inoffensifs. S’ils ont bercé nos premières années et fouetté notre imaginaire, ils nous ont aussi initié à la complexité du monde. De ces leçons de vie déguisées en histoires tourmenteuses et captivantes, chaque enfant devenu adulte a gardé quelque ressouvenance. Ainsi en est-il de Thomas Nguyen, un compositeur rémois qui renouvelle le langage de l’opéra. Bien avant que les studios Disney ne s’en emparent, une adaptation de La Reine des Neiges de Hans-Christian Andersen avait marqué son jeune esprit. « J’en ai retenu la question de la disparition et de la perte, que j’avais trouvée particulièrement angoissante à l’époque. » Ce trouble ancien a nourri l’interprétation toute personnelle du conte qu’il nous livre avec ses complices dans le poème musical intitulé Quand tout sera blanc.

Le retour du Cristal Baschet

Sur la scène, un décor de nature gelée déployé au pied d’un gros iceberg, si évocateur qu’on se sent téléporté dans une contrée nordique, là où la banquise s’est mise à fondre. Après le très beau prélude chanté par Angèle Meunier, deux danseuses (Johanna Schweizer et Louise Hakim) évoluant sur une chorégraphie conçue avec Isabelle Bazelaire prêtent leur corps en mouvement à Kay et Gerda, les enfants du conte d’origine. Le blanc, qui peu à peu envahit tout, « colore » leur quête initiatique. La harpe d’Annabelle Jarr, le violoncelle de Jérémie Billet et le Cristal Baschet de Catherine Brisset –un instrument d’une grande présence – répandent de leurs voix limpides la musique impressionniste de Thomas Nguyen, entrecoupée des créations sonores de Pierre Tanguy. Ce spectacle scénographié par Charlotte Gautier ruisselle de fragments de poèmes empruntés au suédois Tomas Tranströmer (qui a si bien mis en mots les longs mois d’hiver, le rythme des saisons, la splendeur de la nature…) et au norvégien Tarjei Vesaas (dont le Palais de Glace revisite le thème de l’amour plus fort que la mort).

10 ans et des changements

Andersen avait déjà inspiré au collectif Io le conte musical La Petite marchande d’allumettes donné à Reims fin 2013. Au contraire de lui, Quand tout sera blanc ne porte pas l’étiquette jeune public, même s’il peut être vu à partir de 8 ans et nous conduit sur les traces de l’enfance. Cette nouvelle création amorce une évolution dans cette famille artistique qui s’est formée il y a plus de 10 ans. « Nous changeons d’axe de création et de stratégie de développement pour aller plus vers l’abstrait et le contemporain et moins vers le jeune public. C’est un changement qui touche à l’esthétique mais aussi aux thématiques abordées. » En résidence pour la deuxième année à l’Opéra de Reims où il se sent accompagné et en confiance, le collectif Io prépare une comédie musicale pour 2020 et travaille pour la saison 2021-2022 sur un opéra dont la trame narrative se construit à partir de la tempête Xynthia de 2010 et de la pièce d’Ibsen, Un Ennemi du peuple. Le message écologique qui affleure dans Quand tout sera blanc devrait y être plus appuyé.

 

Renseignements et réservations www.operadereims.fr

Photo © Florent Maillet Photographies

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