Reims: les musiciens dans leur maison rue de Tambour

Maison des Musiciens, rue de Tambour à Reims, le joueur de harpe

Ce mercredi, les pavés multi couleurs  ne seront plus le seul motif d’attractivité de la rue de Tambour, près de la place du Forum. Les promeneurs vont pouvoir découvrir la façade entièrement reconstruite de la « Maison des Musiciens ». L’échafaudage qui cache encore les cinq statues va être démonté. C’est l’aboutissement d’un projet qui aura nécessité la volonté de quelques uns, la générosité de beaucoup et l’énergie de tous.

Une histoire ancienne

Cette Maison des Musiciens, la seule maison en pierre à son époque (XIIIème siècle), a été construite à l’initiative d’un riche rémois. Elle doit son nom, non pas à la musique qui n’y a joué aucun rôle à l’intérieur, mais à ses cinq statues qui ornaient la façade.  L’auditeur de musique et les quatre interprètes de tambourin, harpe, vièle et chevrette avaient résisté à l’usure du temps. Au XIXème siècle,  de grands architectes ont visité le bâtiment, ce qui explique, précise Jacques Douadi, le Président de l’Association Renaissance de la Maison des Musiciens de Reims, l’importance de la documentation disponible tant en gravures qu’en photos. La 1ère guerre mondiale n’épargnera pas plus l’édifice de la rue de Tambour que la cathédrale et la Cité des Sacres. C’est Henri Deneux, véritable sauveur de la cathédrale, qui transfère les cinq statues, très abimées,  à Paris pour les protéger. De la Maison, il ne reste rien ! Entre les deux guerres, la maison Taittinger, déjà propriétaire de la demeure des comtes de Champagne, voisine immédiate au 22 de la rue, acquiert l’emplacement de la Maison des Musiciens. Elle s’engage auprès de la ville à reconstruire la façade mais sans obligation dans le temps.

La volonté de quelques uns

Les statues retrouvent la Champagne en 1970 à la demande de Jean Taittinger. Elles seront installées au musée Saint Rémi.  Faute de consensus avec son frère Claude, le Maire de Reims renonce à la reconstruction. A la fin de sa vie, il demande à son fils de s’y consacrer quand il le pourra. Pierre Emmanuel Taittinger, pour rassembler les moyens nécessaires, envisage la création d’une association. Ce sera chose faite le 27 juin 2015. Celle -ci aura pour objet « la reconstruction, la valorisation et l’entretien de la façade« . Dix huit mois  de consolidation du projet commencent autour des architectes du patrimoine Frédéric Coqueret de Reims et Alice Capron Valat de Paris, de l’architecte des bâtiments de France (car curieusement la façade, bien que détruite, est toujours classée !) et les membres de l’association dont l’historien rémois Patrick Demouy. L’association devient propriétaire du lieu. Reconnue d’intérêt général, elle peut proposer à des mécènes la défiscalisation de leurs dons.

La générosité de beaucoup

L’enveloppe nécessaire pour mettre en place ce projet s’élève à 1.2 M€. Un tiers sera apporté par les collectivités territoriales: la Ville de Reims, le Département de la Marne et la Région Grand Est. Les deux autres tiers par les donateurs privés. Le Champagne Taittinger est grand mécène aux côtés de deux partenaires internationaux. L’un est américain: « The Versailles Foundation » présidée par Barbara de Portago, belle fille de Gérald van der Kemp qui orchestra la « résurrection » de Versailles lorsqu’il en était le conservateur en chef de 1953 à 1980. L’autre est un « family office » allemand. Hawesko Holding AG est l’un des plus importants distributeurs allemands de vins spécialisé dans le segment de marché haut de gamme. Des partenaires  locaux et régionaux, comme le Crédit Agricole et la Fondation du Patrimoine, ont également contribué.

Au total, ce sont près de 140 donateurs, et le club des Mécènes de la Marne présidé par François Henrion, que l’association a réuni sur cette entreprise patrimoniale.

L’énergie de tous

En décembre 2019, l’appel d’offre est lancé. Inutile de préciser la très haute technicité de celui-ci. Un budget de 960 000 € qui ne sera dépassé que de 1.3%. Une gageure dont on prend conscience en visitant ce chantier interrompu pendant les premiers mois de 2020 en raison de la crise sanitaire. Heureux hasard, alors que les premières notes des Flâneries Musicales retentissaient dans la basilique Saint-Rémi le 17 juin dernier, les musiciens revenaient le soir même rue de Tambour. Ce mercredi, les promeneurs pourront découvrir cet ensemble du patrimoine architectural Rémois, une reconstruction exceptionnelle fruit de l’énergie collective de l’association, des mécènes et des entreprises.

Grâce à une convention avec le Grand Reims, la façade sera bientôt mise en lumière par un jeu de LED disposé sur l’éclairage public.

 

Photo © Pascal Stritt

 

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