Jean-Philippe Collard, l’homme qui connaît la musique

Nouveau départ pour les Flâneries Musicales de Reims, ce soir à la Basilique Saint-Rémi. Une nouvelle saison préparée par une équipe motivée autour de son Président Jean-Louis Henry et son nouveau directeur artistique Jean-Philippe Collard. Interview réalisée pour refletsactuels.fr par Catherine Landron.

Jean-Philippe Collard à la direction artistique des Flâneries musicales de Reims  ?  C’est à la fois une surprise et une évidence. Une surprise parce que, comme il le dit lui-même, cet enfant de Mareuil-sur-Aÿ a « contourné Reims » une grande partie de sa vie. Une évidence dans la mesure où ses 60 ans d’assiduité au piano et de partage de la musique sur les scènes du monde le qualifient haut la main pour le job.

Vous êtes-vous facilement laissé convaincre ?

Je porte un regard sur les Flâneries depuis très longtemps en tant que professionnel, mais de loin car les invitations que j’ai reçues étaient peu conformes aux conditions professionnelles normales. Quand j’ai été approché de manière informelle il y a quelques mois, j’ai d’abord eu une non réaction. Jusqu’à ce que ma femme me dise que j’étais taillé pour le rôle. Alors tout a paru naturel, est devenu lumineux : ma connaissance des artistes, de l’évolution économique de la musique, l’ouverture possible dans mon calendrier de concerts, ma proximité avec Roissy qui me met à 31 mn de Reims en TGV, etc. J’ai rédigé un projet, suis passé devant une commission. J’ai joué le jeu et je me suis pris moi-même au jeu, à cette nouvelle discipline, à ce nouveau costume. Ce retour sur la terre natale est magique. C’est aussi pour moi le retour vers la tradition musicale familiale, à ces œuvres que j’ai chantées ici, à la basilique Saint-Remi, à la cathédrale, dans la chorale de mon père.

Comment concilier cette nouvelle mission avec votre carrière ?

C’est un peu acrobatique mais j’y arrive. Il suffit que je me lève deux heures plus tôt. Je vais d’abord à mon instrument. Il ne me le pardonnerait pas s’il en était autrement parce que cela fait 60 ans qu’il a pris cette habitude et je ne veux pas le décevoir. J’ai modifié mon programme de pianiste en termes de répertoire pour que la charge de travail soit moins lourde au 1er semestre de l’année.

Etes-vous un révolutionnaire ?

Je respecte beaucoup le travail de l’équipe en place. Elle m’a offert son expérience, sa mémoire, son soutien. On ne fait pas une révolution avec ça. Les affinités se sont construites à la vitesse de l’éclair, j’ai trouvé ma place, mon idée artistique. On m’a prévenu de la situation délicate des finances et fixé un budget. Pas question de dépenser un euro de plus. Mais ceci ne vient pas édulcorer l’ambitieuse programmation. En tant que directeur artistique, je ne suis frustré de rien. Je me suis fait plaisir à la construction, en gardant toujours à l’esprit la dimension de qualité artistique très élevée qui doit être la priorité.

Quels sont les grands axes des Flâneries 2012 ?

La musique française, parce que je la porte, je l’adore, je suis né dedans, et que, curieusement, aucun des festivals français n’en a fait une vraie spécialité. Ce 1er thème se mêle au 2ème qui est la musique chorale. Il y a un 3ème axe prioritaire : les jeunes artistes. C’est le rôle d’un festival que de les repérer et de les mettre sur le devant de la scène. Nous leur proposons de faire une escale à Reims où ils feront leurs débuts officiels all around the world grâce aux caméras de medici.tv, la chaine de diffusion de concerts de musique classique sur internet. C’est une plateforme fabuleuse qui nécessite un financement particulier. Je suis très fier d’être accompagné sur ce projet par un mécène qui représente une image d’excellence. Enfin, le concert pique-nique change d’axe puisqu’il sera cette année consacré à la musique de films. C’est un détour pour atteindre en 2013 l’objectif d’un grand concert à l’américaine, avec les musiques les plus populaires du répertoire classique.

Pour qui concevez-vous ce festival ?
Les Flâneries sont nées de l’absence d’une salle symphonique, qui est dans la majorité des festivals le cœur de l’événement. A défaut, il fallait aller ailleurs, « flâner » dans des endroits moins convenus. Il y a des lieux de rassemblement dictés par l’histoire, comme la cathédrale, Saint-Remi, mais il y aussi beaucoup d’autres lieux plus décontractés. Associé à une diversité de programmation, à une politique tarifaire adaptée, cet éclatement de lieux est un formidable levier pour aller chercher un nouveau public. Les Flâneries sont une entreprise qui ne vit que grâce à l’argent du contribuable, via une grosse subvention de la Ville de Reims, et de quelques mécènes. La moindre des choses est que cet argent soit utilisé au profit des gens qui ne vont pas au concert de manière naturelle. Il y en a encore des petites barrières à démonter. Je ne suis pas le premier à tenir ce genre de discours mais je serai celui qui le redira à coup de clairon chaque année. Ma mission ne sera remplie que si je gagne des « parts de marché ».

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