L’Institut de Biotechnologies Jacques Boy

La longue attente du retour sur investissement

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Marc Menu, PDG Institut Jacques Boy

L’Institut de Biotechnologies Jacques Boy fêtera, l’année prochaine, son 30e anniversaire. Installé à l’origine dans le périmètre du CHU de Reims, son actionnaire principal et fondateur étant le Centre Régional de Transfusion Sanguine, il exerce désormais et depuis 2004 son cœur de métier (l’immunohématologie) sur la zone Farman de Reims. L’Institut, après une RES (Reprise d’Entreprise par les Salariés) en 1995, appartient à 80% au groupe suisse DiaMed, depuis 1998.
L’Institut emploie 22 personnes : des techniciens supérieurs et des ingénieurs en biologie, des pharmaciens et des techniciens du contrôle de qualité. Son activité majeure réside dans la mise au point et la fabrication de réactifs au groupage sanguin : 2,8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013, sur la France (80%), l’Europe (20%) et très récemment les pays émergents (Afrique et Asie).
En 2002, Jacques Boy devient la première société en France à fabriquer des coffrets pour le contrôle de qualité interne en immunohématologie. C’est cette même année que commence l’aventure du génotypage Rhésus D fœtal : un process aussi pratique que fiable sur cette thématique et présentant de nombreux avantages.

Un investissement de 2 M€
Certaines grossesses peuvent présenter des cas d’incompatibilité fœto-maternelle (femme enceinte de rhésus négatif portant un fœtus de rhésus positif) qui peuvent mettre en danger la croissance du fœtus (anémie, ictère …) dans 60% de ces cas. 15% des femmes ayant un rhésus négatif, on dénombre, chaque année en France 120 000 de cas potentiels d’incompatibilité de ce type.
Issu de onze années de recherche, le kit Free DNA Fetal Kit RhD dispose, en 2011, d’une autorisation de mise sur le marché, à la suite d’une étude approfondie de la Haute Autorité de Santé Publique concluant sur l’intérêt médico-économique du dispositif. Ce kit innovant permet de prévenir, bien en amont, les risques d’incompatibilité fœto-maternelle, par une simple prise de sang déterminant le rhésus du fœtus et économisant 40% des actes médicaux jusqu’ici en cours.
La mise au point revient à deux unités spécialisées : le Centre National de Référence en Hémobiologie Périnatale (CNRHP-Paris Saint Antoine) et l’Unité INSERM U76-INTS-Paris. Le financement ayant été assuré par l’Institut Jacques Boy (2 millions d’euros). Pour Marc Menu, le Président Directeur Général de l’Institut, depuis 1991 : « Sur le seul marché français, la distribution de ce kit représente un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros. Aujourd’hui cette activité ne pèse que 15 000 euros ».

Des lenteurs administratives.

La mise sur le marché est une chose, l’accessibilité au kit une autre. Le Free DNA Fetal Kit RhD (entre 80 et 90 euros) n’est pas remboursé et donc quasiment pas prescrit. On le suppose guettant le Journal Officiel tous les jours, Marc Menu n’est ni fataliste, ni résigné, il patiente : « La balle est dans le camp de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie qui seule peut décider du remboursement d’un kit qui économise des injections inutiles et un suivi médical superflu de recherche d’anticorps dans 40% des cas, ainsi qui contribue à un allégement de la surveillance des grossesses ».
Si l’essentiel de l’activité de Jacques Boy demeure bien les réactifs détecteurs de groupes sanguins, une nouvelle version du kite est à l’étude, tout comme un dépistage plus performant des anomalies génétiques, à partir de recherche sur l’ADN fœtal, entre autre de la trisomie, avec un diagnostic plus précis et plus fiable par l’intermédiaire de marqueurs directs et donc un dépistage précoce, par une simple prise de sang. Des études envisagées sur trois années.

Un avenir en pointillé pour l’Institut
Attention, prévient Marc Menu : « D’ici à six mois, et sans ce retour sur investissement, nous irons financièrement mal. Alors, des emplois seront mis en péril. On nous dit il faut innover, nous le faisons et dans un environnement extrêmement réglementé et donc contraignant pour l’innovation … Mais, peut-être sommes-nous victimes, de positions corporatistes entre les biologistes et les pharmaciens. Notre test engendre d’abord des dépenses dans le domaine de la biologie médicale et crée ensuite des économies dans le domaine pharmaceutique ».
Jacques Boy ou l’innovation oubliée ? Verdict dans six mois.

 

 

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